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L’addiction aux écrans : une vraie addiction ?

  • 24 mars 2021
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 19 heures


Personne utilisant son smartphone dans l'obscurité, illustrant l'addiction aux écrans

Les écrans occupent aujourd’hui une place centrale dans notre quotidien. S’ils représentent des outils précieux pour travailler, communiquer ou se divertir, leur utilisation peut parfois devenir difficile à contrôler. A partir de quel moment parle-t-on réellement d’addiction aux écrans ? Quels mécanismes expliquent cette perte de contrôle et quelles solutions peuvent aider à en sortir ?


Quand parle-t-on d’addiction aux écrans ?


L’addiction aux écrans peut, dans certains cas, mobiliser des mécanismes proches de ceux observés dans les addictions aux drogues ou à l’alcool. La différence est que l’on n’a généralement pas l’impression de se faire du mal lorsqu’on passe plusieurs heures par jour devant un écran.

Dans l’imaginaire collectif, on est bien loin de l’image d’un héroïnomane qui prépare son injection de drogue. Pourtant, d’un point de vue scientifique, plusieurs études suggèrent que ce qu’il se passe dans le cerveau pour les jeux vidéo est relativement similaire, avec, entre-autres, la libération de dopamine, une des hormones du plaisir. C’est cette même molécule qui est également libérée lors d’un rapport sexuel ou de la consommation de drogues.

Pour autant, ressentir du plaisir devant un écran ne suffit évidemment pas à parler d’addiction. Comme pour les autres addictions, c’est l’accumulation de plusieurs critères qui permet de poser cette qualification. Selon le psychiatre et addictologue, Pr Laurent Karila, plusieurs critères permettent de caractériser une addiction. Il les résume à travers les « 5C »:

·         Un usage compulsif

·         Un usage continu ou chronique

·         La perte de contrôle

·         Le craving (c’est-à-dire l’envie irrépressible de consulter ou d’utiliser les écrans)

·         Les conséquences sur la santé mentale, la santé physique, la vie sociale et parfois la situation financière.

Ainsi, certaines personnes peuvent utiliser les écrans de façon intensive sans développer d’addiction, tandis que d’autres perdent progressivement le contrôle de leur usage. Reste à comprendre pourquoi les écrans exercent un tel pouvoir d’attraction sur notre cerveau.


Pourquoi est-il si difficile de se détacher des écrans ?


Les jeux-vidéos, les réseaux sociaux et de nombreuses applications sont conçus pour capter et maintenir l’attention de l’utilisateur. Pour cela, ils utilisent des stimuli visuels et sonores qui activent le circuit de la récompense dans le cerveau (cela a été démontré avec des personnes volontaires en IRM cérébral). Ces stimuli l’activent, par exemple lorsqu’une petite musique ou lorsque l’on gagne une partie à un jeu ou encore lorsque l’on voit un « like » sur un réseau social.

A cela s’ajoute un autre mécanisme : les récompenses sont imprévisibles. Une publication ne reçoit pas toujours le même nombre de réactions, une vidéo peut être plus ou moins intéressante, un jeu réserve parfois une victoire inattendue. Cette incertitude incite le cerveau à revenir régulièrement consulter l’écran dans l’espoir d’obtenir une nouvelle récompense renfonçant ainsi le comportement.

Avec la répétition de ces stimulations, le cerveau s’y habitue. Les mêmes contenus procurent progressivement moins de satisfaction, ce qui pousse parfois à passer davantage de temps sur les écrans ou à rechercher des contenus toujours plus captivants. Ce phénomène, appelé tolérance, est également observé dans d’autres d’addictions.

Personne utilisant simultanément un smartphone, un ordinateur portable, une tablette et une télévision

Comment sortir d’une addiction aux écrans ?


Il n’existe pas de méthode unique pour sortir d’une addiction aux écrans. L’accompagnement est adapté à chaque personne, selon son histoire, ses habitudes et les situations qui entretiennent cette dépendance. L’hypnose peut notamment aider à modifier certains automatismes et à retrouver davantage de liberté face aux écrans. L’objectif n’est pas de supprimer totalement les écrans mais de retrouver une utilisation choisie plutôt que subie. Voici trois exemples de techniques pouvant être utilisées dans le cadre d’un accompagnement par l’hypnose.

-Désactivation d’ancre : l’idée de cette méthode est d’ancrer le comportement problématique, par exemple, faire visualiser la personne sur son écran de prédilection sous hypnose et d’y associer un certain déplaisir, comme le sentiment de passer à côté de plein de bonnes choses (interactions sociales…etc.). Ensuite, le thérapeute va faire imaginer à son patient une autre situation, celle-ci étant bien plus bénéfique et meilleure pour lui. Ainsi, en insistant sur les cinq sens, il va rendre cette expérience fantastique.

L’objectif est que le cerveau associe progressivement les écrans à une expérience moins attirante et qu’il accorde davantage de valeur à des activités plus satisfaisantes dans la vie quotidienne.

- « Brouillage VAKOG » : « VAKOG » est l’acronyme de visuel, auditif, kinesthésique, olfactif et gustatif. Le principe de cette technique est de rendre désagréable le comportement problématique et agréable un nouveau comportement de substitution. Ce dernier devra être discuté au préalable avec le patient afin de suggérer, sous hypnose, la solution la plus adéquate. Nous avons parlé des stimuli visuels et auditifs provenant des outils numériques que nous utilisons, la notion de « brouillage » de cette méthode pourrait consister, par exemple, à les rendre moins attractifs en les associant à quelque chose de rebutant.

-Projection dans un futur sans dépendance : sous hypnose, le patient est invité à se projeter dans une vie où les écrans occupent une place plus équilibrée. Il peut imaginer avec précision les bénéfices de ce changement, comme une meilleure qualité de sommeil, des relations plus riches ou davantage de temps pour ses activités. En rendant cette perspective concrète et désirable, l’hypnose renforce la motivation au changement et facilite l’adoption de nouveaux comportements.

Le choix de ces techniques dépend des difficultés rencontrées par chaque personne. En pratique, elles sont souvent combinées et adaptées afin de construire un accompagnement personnalisé. On pourra également envisager d’employer les thérapies cognitives et comportementales (TCC).

 

En définitive, l’addiction aux écrans ne se résume pas au temps passé devant un téléphone ou un ordinateur mais à la difficulté de retrouver une utilisation maîtrisée. Mieux comprendre les mécanismes en jeu constitue souvent la première étape pour reprendre le contrôle de ses habitudes. Comme le résume Laurent Karila, « l’addiction, c’est la perte de la liberté de s’abstenir de faire autre chose ».

Si les écrans occupent une place trop importante dans votre quotidien, un accompagnement thérapeutique peut vous aider à retrouver un usage plus équilibré. N’hésitez pas à me contacter pour échanger sur votre situation.

Gauthier Fara

Maître-Praticien en hypnose ericksonienne

Praticien en psychanalyse


 
 
 

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